Courir après les moutons à Signabøur

Il est tôt ce matin lorsque j’ouvre les yeux, le sourire aux lèvres, pour mon premier jour aux Iles Féroé après mon arrivée dans la nuit. Je regarde par la fenêtre de ma chambre, et je savoure le spectacle : je découvre le fjord où se trouve le petit village de Signabøur. Se réveiller dans un tel environnement est une chance incroyable et un souvenir qui me fait briller les yeux dès que j’y repense.


Je me prépare avant de me rendre dans la cuisine pour aider à préparer le petit déjeuner. La maison est encore calme, mais ça va très vite changer. Les participants au rassemblement arrivent au compte-goutte et s’installent progressivement autour de la table installée pour l’occasion dans le salon.

Au menu : du pain, du beurre, du mouton séché, du poisson, de la confiture, et bien sûr, thé et café. Je me lance sur le mouton séché déposé sur une tranche de pain avec du beurre et un peu de sel. C’est une première expérience un peu difficile, la viande est très forte. Une viande bien séchée vous oblige à beaucoup mastiquer, et fait donc ressortir le goût. Je préfère me rabattre sur le poisson frais, bien plus moelleux et léger. C’est donc le ventre plein que nous prenons la direction de la montagne.

L’objectif est de créer une chaîne humaine afin de mener les moutons vers un enclos.

Une chaîne humaine sur le flanc de la montagne dans le fjord.
Une chaîne humaine sur le flanc de la montagne dans le fjord.

La plupart des participants montent en voiture avec les chiens afin de rejoindre le sommet de la montagne. Ils vont faire redescendre les moutons qui viennent de passer l’été sur les hauteurs. Nous sommes cinq à les attendre en contre bas. Alors que l’un de mes camarades du jour part discuter avec un voisin, un autre s’en va avec son chien pour ramener quelques moutons que nous apercevons au loin. De mon côté, j’attends et j’observe le paysage, merveilleux.

Située à 200 mètres au-dessus de moi, j’observe Sarah. Elle est mon point de repère pour savoir quoi faire : dois-je avancer ? reculer ? monter un peu dans la montagne ou plutôt redescendre ? Une heure plus tard, lorsque les hommes partis au sommet de la montagne font leur apparition, elle commence à avancer. Je suis donc le mouvement, tout comme la personne 200 mètres plus bas que moi. Nous avançons, progressivement, à flanc de montagne. Dans un premier temps, les moutons sont essentiellement au sommet de la montagne et je ne les vois donc pas vraiment. Mais plus nous avançons, plus je vois de moutons, et plus je dois être vigilante.

Rapidement, je dois dévaler la montagne pour éviter que des moutons ne passe à travers notre chaîne humaine.

Crier et gesticuler, sont les meilleures solutions pour que les moutons changent de direction. Tout cela me rappelle beaucoup le rassemblement des rennes, mais nous étions beaucoup plus proche entre nous. Me voilà donc à courir et à crier avec les bras qui s’agitent dans tous les sens. Je finis par éclater de rire devant mon succès, oui les moutons ont finalement fait demi-tour !

Les moutons descendent de la montagne, et se dirigent vers moi : mais non, ils ne passeront pas !
Les moutons descendent de la montagne, et se dirigent vers moi : mais non, ils ne passeront pas !

Parfois, nous restons au même endroit pendant de longues minutes. Parce que les moutons essayent de passer notre chaîne humaine. Ou bien parce qu’ils avancent lentement dans des endroits difficiles. Car nous devons avancer sur un terrain brut, parfois à travers des cours d’eau plus ou moins importants et glissants. Heureusement, il fait plutôt beau en ce début d’Octobre. Il pleut tous les jours mais de façon sporadique, les chutes et cours d’eau sont donc assez petits.

Moment d'attente au milieu d'un cours d'eau.
Moment d’attente au milieu d’un cours d’eau.

Après une heure, peut être deux, nous arrivons au-dessus de l’enclos, les moutons doivent donc descendre la pente raide. Cela semble ne poser de problème à personne, alors que moi, je galère ! Tous sont déjà en bas, tandis que je continue à descendre avec précaution, je n’ai pas très envie de dévaler la montagne sur les fesses. Lorsque j’arrive en bas, les moutons paissent tranquillement dans l’enclos.

Après avoir traversé la montagne, les moutons se reposent dans l’enclos avant la sélection.
Après avoir traversé la montagne, les moutons se reposent dans l’enclos avant la sélection.

Après une petite pause, les moutons sont guidés vers un petit enclos de pierre au bord de l’eau, c’est là qu’ils seront triés. La plupart des moutons nés dans l’année seront menés à la bergerie pour être ensuite abattus. Les autres femelles seront traitées contre des maladies et des parasites avant d’être relâchées. Quant aux boucs conservés pour la reproduction, ils seront également amenés à la bergerie où ils passeront le début de l’hiver pour prendre des forces avant de sortir pour faire le travail !

Avec du recul, je me dis encore aujourd’hui que ce fut vraiment exceptionnelle de participer à ce rassemblement et de parcourir la montagne avec les habitants, les chiens et les moutons. Quel bonheur d’observer encore une fois un système d’élevage différent de celui que nous avons en France. Et que ce fut impressionnant de voir les moutons se déplacer dans cet environnement si brut et majestueux. Deux jours après, j’ai participé à un second rassemblement qui ne fit que confirmer mon premier ressenti : c’est extraordinaire !

Entrée des moutons dans l’enclos de pierre où a lieu la sélection.
Entrée des moutons dans l’enclos de pierre où a lieu la sélection.
Dans l’enclos en pierre, l’éleveur peut choisir les moutons à relâcher dans la montagne, de ceux qu’il veut abattre.
Dans l’enclos en pierre, l’éleveur peut choisir les moutons à relâcher dans la montagne, de ceux qu’il veut abattre.

Quelques jours plus tard, nous sommes retournés dans la montagne à la recherche des moutons que nous aurions pu manquer les fois précédentes, sans succès. Et une semaine plus tard, alors que j’allais nourrir les poules, nous avons remarqué un bouc dans la montagne. Ce fut donc une course avec les chiens pour l’attraper. J’étais clairement à la ramasse, trop lente dans mes déplacements sur cette montagne si raide. Et même pendant la descente, mon ami est allé bien plus vite que moi alors qu’il tenait le bouc à une main. Je vous le dis, ces hommes et femmes des Iles Féroé sont incroyables.

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